Des cheveux qui restent dans la brosse, sur l'oreiller, au fond de la douche. Une queue de cheval qui paraît plus fine. Quand on souffre d'anorexie, ce changement inquiète souvent davantage que d'autres signes, parce qu'il se voit. L'Inserm range la perte des cheveux parmi les complications directement liées à la dénutrition, et précise que ces altérations sont le plus souvent réversibles. Je voudrais vous expliquer ici ce qui se passe, pourquoi ce signe mérite d'être dit à votre équipe de soin, et ce qui aide réellement à freiner la chute. Pas de produit miracle dans ces lignes : la piste qui marche passe par les soins.
Pourquoi les cheveux tombent quand le corps manque de ressources
Un cheveu ne pousse pas en continu. Chaque follicule alterne une longue phase de croissance, puis une phase de repos, au terme de laquelle le cheveu tombe et laisse la place à un nouveau. Quand l'organisme traverse une période difficile, un grand nombre de follicules peuvent basculer en même temps vers la phase de repos. Les dermatologues appellent ce phénomène un effluvium télogène : une chute diffuse, répartie sur toute la tête, sans plaque dégarnie.
Les insuffisances nutritionnelles font partie des déclencheurs décrits, en particulier lorsque l'anorexie dure. Les mécanismes précis restent mal connus, reconnaissent les auteurs qui ont fait le point sur ces signes cutanés, mais le lien avec la dénutrition est bien établi.
Un détail change beaucoup la façon de vivre cette chute : le décalage dans le temps. Le cheveu qui entre en phase de repos reste en place environ trois mois avant de tomber. La chute visible aujourd'hui reflète donc souvent ce que le corps a traversé plusieurs semaines plus tôt. Cela explique qu'elle puisse se prolonger un moment après le début des soins, sans que cela signifie que les efforts ne servent à rien.
Si vous souhaitez comprendre l'ensemble du trouble, et pas seulement ce signe, je l'ai détaillé dans un article sur l'anorexie mentale chez l'adulte.
Un signe à confier à votre équipe de soin
La chute de cheveux n'est pas une question de coquetterie. Les recommandations de la HAS sur l'anorexie mentale prévoient, dans l'examen clinique, l'observation de la peau et des phanères, c'est-à-dire les cheveux, les poils et les ongles. Votre médecin a donc besoin de cette information : elle fait partie de l'évaluation de votre état nutritionnel, au même titre que la fatigue ou la sensation de froid.
Les dermatologues le confirment : dans les formes sévères d'anorexie, des signes visibles sur la peau ou les cheveux sont presque toujours présents, et ils sont parfois les premiers à apparaître. Une revue consacrée à cette chute rappelle aussi qu'elle pèse sur le moral et qu'elle ne devrait jamais être balayée d'un revers de main. Si elle vous attriste ou vous fait honte, vous avez le droit de le dire. Ce n'est ni futile ni exagéré.
Le corps envoie d'autres signaux du même ordre. L'arrêt des règles, par exemple, est quasi constante dans l'anorexie (Inserm, 2020) : je l'explique dans l'article sur l'aménorrhée fonctionnelle et l'alimentation. Si l'anorexie s'accompagne de crises ou de vomissements, la HAS recommande en plus un contrôle régulier des électrolytes dans le sang ; vous trouverez des repères dans l'article sur la boulimie nerveuse et son accompagnement.
Ce qui freine vraiment la chute : la renutrition encadrée
La réponse la plus solide est aussi la moins spectaculaire. Les signes cutanés des troubles alimentaires s'améliorent quand l'état nutritionnel se restaure, et l'Inserm souligne que la plupart des complications de la dénutrition sont réversibles. Autrement dit, ce qui aide les cheveux, c'est ce qui aide le corps entier.
La HAS décrit une renutrition progressive, menée par étapes et avec précaution. Ses objectifs vont bien au-delà de l'assiette : retrouver une alimentation régulière et variée, laisser revenir les sensations de faim et de rassasiement, manger à nouveau avec les autres, adopter une attitude plus souple face à la nourriture. Ce chemin se fait rarement seul. Les recommandations insistent sur une approche pluridisciplinaire, qui tient ensemble les dimensions nutritionnelles, somatiques, psychologiques et familiales :
- le médecin, traitant ou spécialisé, qui suit l'état physique et prescrit les examens ;
- le psychiatre ou le psychologue, qui accompagne ce que le trouble protège et ce qu'il coûte ;
- la diététicienne formée aux TCA, qui construit avec vous, pas à pas, une alimentation qui redevient possible.
Dans mon travail de diététicienne TCA à Paris, la chute de cheveux n'est jamais un argument pour presser qui que ce soit. Elle est une information, que l'on regarde ensemble, et qui s'apaise souvent à mesure que le corps retrouve de quoi fonctionner. Compte tenu du décalage de quelques mois entre ce que vit le corps et ce que l'on voit dans la brosse, l'amélioration demande de la patience.
Compléments, vitamines, shampoings : pourquoi je ne commence pas par là
Face à une chute de cheveux, la tentation est grande d'acheter une cure « spéciale cheveux ». Je comprends ce réflexe, mais il détourne de l'essentiel. Une revue de la littérature sur l'effluvium télogène indique que les données ne soutiennent pas la prise de biotine ou de vitamine E pour freiner la chute. Elle rappelle même qu'un excès de vitamine A peut contribuer à la perte de cheveux, et que des chutes ont été rapportées chez des personnes supplémentées en sélénium. Plus n'est donc pas forcément mieux.
Cela ne veut pas dire que les compléments n'ont jamais leur place. Lors d'une dénutrition sévère, la HAS prévoit au contraire un apport de vitamines, d'oligoéléments et de phosphore au début de la renutrition, pour protéger l'organisme. Mais cet apport fait partie d'un protocole médical, décidé et suivi par le médecin. De la même manière, rechercher la cause d'une chute passe par un bilan biologique adapté, car l'observation de la chute ne suffit pas à en connaître l'origine. Un complément se décide donc avec le médecin, après ce bilan, et jamais à la place des soins.
Quant aux shampoings et aux soins capillaires, prendre soin de ses cheveux avec douceur n'a rien de mal. Simplement, aucun produit appliqué sur le cuir chevelu ne remplace ce que la renutrition apporte de l'intérieur.
Pour les proches qui s'inquiètent
Remarquer des cheveux dans le lavabo d'un enfant, d'une conjointe ou d'un ami peut être une occasion d'ouvrir le dialogue, à condition de partir de l'inquiétude et non du reproche. Partir de ce que vous observez, la fatigue, le froid, les cheveux qui tombent, peut ouvrir la porte plus doucement qu'une discussion sur les repas. La page sur la prise en charge des TCA donne des repères pour proposer une première consultation. Selon l'Inserm, un repérage et des soins précoces semblent favoriser le pronostic et limiter le risque de complications.
Quand consulter
Quand consulter sans attendre
- Une chute de cheveux abondante qui s'installe, même si vous pensez que ce n'est pas grave : parlez-en à votre médecin traitant ou à votre équipe de soin
- Une fatigue telle que les gestes du quotidien deviennent difficiles
- Des malaises, des chutes ou une perte de connaissance : appelez le 15
- Une difficulté à boire, ou un refus de boire, sur plusieurs jours
- Une confusion, une pensée qui ralentit, une température corporelle basse mesurée au thermomètre
- Des idées noires ou des pensées suicidaires : contactez sans attendre votre médecin ou le 15
- Pour en parler avant même une consultation, la ligne Anorexie Boulimie Info Écoute (09 69 325 900, lun/mar/jeu/ven 16h-18h) offre une écoute anonyme
À l'exception de la première et de la dernière, ces situations font partie de celles que la HAS retient parmi les critères d'une prise en charge rapprochée, parfois à l'hôpital. Elles ne sont pas là pour faire peur, mais pour vous permettre d'agir tôt.
La HAS le souligne : on peut guérir, y compris quand la maladie dure depuis longtemps. Vos cheveux font partie de ce que le corps répare quand il en a de nouveau les moyens. Si vous souhaitez être accompagnée, vous pouvez prendre rendez-vous en consultation TCA, à Paris, Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret ou en téléconsultation.
Questions fréquentes
Le duvet fin qui apparaît sur le corps est-il lié à la chute des cheveux ?
Une chute de cheveux peut-elle avoir une autre cause que l'anorexie ?
Faut-il consulter un dermatologue en plus de l'équipe de soin ?
Est-ce normal d'avoir mal au cuir chevelu quand les cheveux tombent ?
Sources et repères pour comprendre
- HAS (2010). Anorexie mentale : prise en charge. Recommandations de bonne pratique.
- Inserm (2020). Anorexie mentale : un trouble essentiellement féminin, à la frontière de médecine somatique et de la psychiatrie. Dossier thématique.
- Strumia R. (2005). Dermatologic signs in patients with eating disorders. American Journal of Clinical Dermatology.
- Zhang D., Slaven K., Shields B.E. (2023). Cutaneous Signs of Malnutrition Secondary to Eating Disorders. Cutis.
- Rebora A. (2019). Telogen effluvium: a comprehensive review. Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology.
- Malkud S. (2015). Telogen Effluvium: A Review. Journal of Clinical and Diagnostic Research.
- Stamu-O'Brien C. et al. (2023). Through the looking glass: Skin signs that help diagnose eating disorders. Clinics in Dermatology.
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Cet article est à visée informative et éducative. Il ne remplace pas une consultation médicale ni un accompagnement diététique personnalisé. En cas de symptômes, consultez un professionnel de santé.
Margot Vire · RPPS 10007322976 · Publié le 20 octobre 2026 · Révisé le 20 octobre 2026