Dans ma pratique, ce que les parents observent après un goûter très sucré tient souvent à autre chose : l'ambiance, la fatigue, un repas sauté, un coucher décalé. En consultation, quand un parent me parle d'aliments « excitants », je regarde d'abord le rythme des repas et le sommeil. Je demande aussi si l'enfant boit des boissons contenant de la caféine.
Qu'appelle-t-on un aliment « excitant » ?
Quand un parent me parle d'aliment « excitant », il pense le plus souvent au sucre. En consultation, ma première pensée va plutôt à la caféine.
L'ANSES rappelle que la caféine est présente naturellement dans le café, le thé et le guarana, et qu'on l'ajoute aussi à certaines boissons, dont les boissons dites énergisantes. L'agence appelle à une vigilance particulière chez l'enfant et l'adolescent. Elle souligne aussi qu'un sommeil de mauvaise qualité lié à la caféine pourrait favoriser des conduites addictives chez des jeunes dont le cerveau est encore en maturation (ANSES, 2020).
Quand un parent me dit « mon enfant mange des choses qui l'excitent », je commence donc par cette question : boit-il du thé glacé, des boissons au guarana, des boissons énergisantes ? Dans ma pratique, la réponse surprend parfois les parents eux-mêmes, surtout à l'adolescence.
Le sucre rend-il vraiment les enfants agités ?
L'idée est très répandue, mais les études contrôlées ne la confirment pas. Une méta-analyse (une étude qui regroupe les résultats de plusieurs essais) a réuni 23 études menées chez l'enfant. Toutes comparaient le sucre à un placebo, sans que les enfants ni les équipes sachent qui recevait quoi. Ses auteurs concluent que le sucre n'affecte ni le comportement ni les performances cognitives des enfants (Wolraich, 1995).
Cette conclusion a ses limites, et les auteurs les écrivent eux-mêmes : on ne peut pas exclure un petit effet du sucre, ni un effet chez certains sous-groupes d'enfants. Ces essais ont aussi été publiés il y a plusieurs décennies. Autrement dit, l'étude ne dit pas que la réaction est impossible chez tous les enfants. Elle dit qu'on ne retrouve pas d'effet en moyenne quand on supprime l'influence de ce que les adultes croient.
Pourquoi les parents voient-ils une différence après le sucre ?
Une étude a testé précisément cette question. Elle portait sur 35 garçons de 5 à 7 ans, décrits par leurs mères comme « sensibles au sucre ». Tous ont reçu un placebo à l'aspartame (un édulcorant). Pourtant, les mères à qui l'on avait dit que leur fils avait pris du sucre l'ont jugé nettement plus hyperactif. Elles restaient aussi physiquement plus proches de lui et le contrôlaient davantage (Hoover et Milich, 1994). L'effectif est petit et ne compte que des garçons, mais le résultat montre le poids de ce qu'on s'attend à voir.
En consultation, je vois souvent le produit sucré arriver dans des moments déjà agités : fêtes, sorties, vacances, fins de journée. Je ne mets pas en doute ce que les parents observent. Je cherche avec eux ce qui se passe autour du produit sucré.
Ce que je regarde en consultation : le rythme des repas
Ma première question porte sur l'horaire de chaque prise alimentaire, bien avant le contenu de l'assiette. Je demande à quelle heure l'enfant se lève, ce qu'il mange avant l'école, à quelle heure il déjeune à la cantine, ce qu'il prend au goûter, devant quoi, et à quelle heure arrive le dîner. Je demande aussi s'il grignote entre ces moments.
Les repères pédiatriques à partir de 3 ans prévoient quatre repas par jour, pris assis, télévision éteinte, sans grignotage entre eux, avec l'eau comme boisson de référence (AFPA, 2025). Le goûter fait partie de ces quatre repas : ce n'est pas un extra.
Prenons un cas composite, inspiré de situations fréquentes en consultation. Jules, 6 ans, est décrit par ses parents comme « intenable » le soir, après le goûter. En reprenant sa journée, je vois un petit-déjeuner de quelques bouchées, un déjeuner à la cantine en fin de matinée, un goûter avalé tard devant un écran, un dîner vers 20 h 30 et un coucher qui suit de près. Les parents remarquent le goûter sucré. Moi, je note aussi la longue période sans manger et la soirée qui s'étire : je ne sais pas d'avance ce qui pèse le plus, mais je les mets sur la table à côté du goûter. Avant de parler du paquet de biscuits, je propose de regarder avec eux l'heure du goûter et l'heure du coucher.
Chez les enfants qui mangent peu de variété, la question se pose autrement. J'en parle dans mon guide sur la sélectivité alimentaire chez l'enfant. Chez les plus petits, le rythme se construit dès les étapes de la diversification alimentaire.
Le sommeil, une question que je pose toujours
Quand on me parle d'un enfant « survolté », je pose toujours des questions sur le sommeil, au même titre que sur les repas.
En consultation, je demande l'heure du coucher et du lever en semaine et le week-end. Je demande aussi la place des écrans le soir et les éventuels réveils nocturnes. Si une boisson contenant de la caféine apparaît en fin de journée, je la rapproche du sommeil plutôt que du sucre : l'ANSES indique que la caféine peut retarder l'endormissement et abîmer la qualité du sommeil, avec des effets variables selon l'âge et les habitudes (ANSES, 2020).
Le sucre reste-t-il un sujet, même sans effet sur le comportement ?
Oui, mais pour d'autres raisons. En 2015, l'OMS a recommandé aux adultes comme aux enfants de limiter les sucres libres à moins de 10 % de l'énergie totale consommée, et indiqué qu'une baisse sous 5 % apporterait des bénéfices supplémentaires (OMS, 2015). Les sucres libres désignent les sucres ajoutés aux aliments et aux boissons, ainsi que ceux du miel, des sirops et des jus de fruits.
Dans ma pratique, je ne présente jamais le sucre comme un aliment interdit. Je regarde surtout sa place : pour moi, un produit sucré prévu au goûter ne pose pas les mêmes questions qu'un paquet ouvert à toute heure, et les repères pédiatriques déconseillent, eux, le grignotage entre les repas (AFPA, 2025). Quand la question du poids se pose aussi, j'en parle dans mon article sur l'accompagnement de l'obésité pédiatrique, sans régime.
Selon l'âge, ce qui change
Chez le tout-petit, je regarde d'abord la sieste et l'heure du dîner. Chez l'enfant scolarisé, je regarde l'écart entre la cantine et le goûter, et le moment des écrans. Chez l'adolescent, je pose la question des boissons énergisantes et du café pendant les révisions. Quand manger sert à apaiser une tension, je renvoie à l'alimentation émotionnelle de l'adolescent.
Quand consulter
Dans ma pratique, certaines situations me font orienter la famille vers le médecin traitant ou le pédiatre avant toute question d'assiette : une agitation brutale et inhabituelle, des palpitations ou un malaise après une boisson énergisante, des ronflements forts ou des pauses respiratoires observées la nuit, ou une agitation qui pèse nettement sur l'école ou la vie de famille. Pour moi, ces situations relèvent d'abord du médecin, pas d'un changement d'assiette.
Un accompagnement diététique, facultatif, peut aussi se discuter : repas désorganisés, conflits répétés autour du sucre, goûter qui devient un sujet de tension. Je reçois ces familles dans le cadre de ma consultation de nutrition pédiatrique. La prise de rendez-vous se fait sur la page consulter une diététicienne-nutritionniste.
Questions fréquentes
Les édulcorants sont-ils une solution pour un enfant jugé excité par le sucre ?
Le sucre des fruits et du lait compte-t-il dans les sucres à limiter ?
Et si je reste convaincu que le sucre excite mon enfant ?
Sources et repères pour comprendre
- Wolraich ML, Wilson DB, White JW. The effect of sugar on behavior or cognition in children: a meta-analysis. JAMA. 1995.
- Hoover DW, Milich R. Effects of sugar ingestion expectancies on mother-child interactions. J Abnorm Child Psychol. 1994.
- OMS. WHO calls on countries to reduce sugars intake among adults and children (communiqué de presse). 2015.
- ANSES. La caféine : une substance pas si anodine. 2020.
- AFPA (mpedia), sur sante.fr. Les repas dès 3 ans : trouver la bonne quantité. 2025.
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Cet article est à visée informative et éducative. Il ne remplace pas une consultation médicale ni un accompagnement diététique personnalisé. En cas de symptômes, consultez un professionnel de santé.
Margot Vire · RPPS 10007322976 · Publié le 19 octobre 2026 · Révisé le 19 octobre 2026